L’avenir devant nous !
Par Mike, le 11 décembre 2010 à 19:03

Nouveau record. Voilà plus d’un an que je n’étais pas passé par ici ! Si bien qu’il m’a fallu faire un petit effort pour me rappeler comment me connecter et poster. Si bien que j’ai découvert plus de 500 commentaires de spambot qui m’attendaient :D

Malgré l’impression que ce blog peut donner, l’année 2010 a été une très bonne année. Rien d’exceptionnel, rien qui ne mérite vraiment d’être raconté. Grandir, trouver sa place, construire son avenir. Devenir adulte. Tout simplement. Pourtant, il y a eu quelques passages sur lesquels j’aurais du revenir ici, mais je n’en ai jamais ressenti le besoin, je n’ai jamais trouvé l’envie, et je ne voulais pas me me forcer. Aujourd’hui, il n’est toujours pas question d’envie ou de besoin, mais il est temps. Oui, il est temps de clore ce chapitre.

Pour ça, je vais remonter le temps plus loin que mon dernier post, jusque début 2008, le moment où j’ai arrêté de poster ici régulièrement. Je ne saurais expliquer vraiment pourquoi cela s’est produit. Pendant deux ans, j’ai écris un peu toutes mes humeurs, par besoin et par envie et puis… le besoin et l’envie sont parti. Ensemble. D’un coup. Fin des études, nouvelle ville, nouveau job, nouvelle vie. Pendant deux ans, chacune de mes journées était rythmée par ce « parcours ». Ce blog, les forums où je discutais avec d’autres FTM, et tout le reste… Il se passait rarement une heure sans que le fait d’être transsexuel ne me revienne en tête. Pas comme une douleur ou une souffrance, plus comme un soucis qui obsède et qui fait s’interroger. Et en déménageant, je crois que j’ai laissé tout ça derrière moi. Si bien que quand deux semaines après mon déménagement j’aurais du subir mon hystérectomie, j’ai tout annulé. C’était « trop ». Je ne voulais plus de ça au centre de ma vie, je ne pouvais plus, il me fallait une pause.

A une époque, j’avais un peu flipper d’imaginer « l’après ». Qu’allais-je faire de tout le temps qui était occupé avant par toutes mes préoccupations et interrogations autour de ma transsexualité ? Allais-je me retrouver à me sentir vide et tourner en rond sans but ? Au final, les choses se sont fait naturellement. Et puis ce n’est pas comme si tout était parti en m’abandonnant, c’est moi qui avait abandonné toute cette merde. Donc sans aucun problème, le temps libre gagné a été investi dans de nouvelles rencontres, dans de nouveaux projets.

Tellement, que j’en ai presque oublié être transsexuel et m’être arrêté au milieu du chemin. Il a donc fallu que je me foute de sacré coups de pied au cul pour lancer ma demande de changement d’état civil. Au final, elle a été déposée en octobre 2008, et à ce moment là, il était hors de question que je me fasse opérer pour l’avoir. Pas par réelle conviction, juste parce que j’en avais marre et que je voulais qu’on me foute la paix. Début 2009 je suis passé au tribunal pour la première fois, et quelques mois plus tard le tribunal a ordonné que je subisse des expertises psychologique et médicale.

Je ne connais plus les dates exactes, mais vu le foutage de gueule qu’on été ces expertises, elles nécessitent que je m’y attarde un peu.

La première convocation a être arrivé a été celle de l’expertise médicale. Celle qui me faisait le plus chier. J’étais parti pour refuser de m’y rendre, mais l’avocate m’a fortement conseillé d’y aller sans quoi elle pensait que jamais le tribunal d’accepterait ma demande. J’y ai donc été, accompagné d’une avocate de son cabinet (je ne voulais pas y aller seul, et elle n’avait pas le temps de venir). Je m’étais fixé comme limite de ne pas me déshabiller. Je répondrais aux questions, je détaillerais une nouvelle fois mon parcours médical, mais je ne me mettrais pas à poil. Que voudrait-il voir ? Je n’ai pas fais l’hystérectomie…

L’avocate m’avait prévenue avoir déjà eu affaire avec ce docteur, et qu’il n’était pas du genre poli ou agréable, j’étais donc bien stressé le jour J. Et dès le départ, on est mal parti. « Bonjour Monsieur.. pardon, Mademoiselle ! ». Je n’ai rien dis, je n’étais pas assez en confiance pour ça, et je ne voulais pas le braquer. Il a commencé par m’interroger sur mon parcours, me demandant les dates et le nom des docteurs. Il prenait des notes, me parlant toujours au féminin (ou se corrigeant si par erreur il me parlait au masculin). Il m’a demandé si j’avais toujours des ovaires & co, j’ai dis que oui, que j’avais été malade le jour de l’opération, qu’il avait le certificat du docteur, et que je n’ai pas eu le temps de la faire depuis. Il m’a donc demandé si je comptais aussi faire une phalloplastie ensuite. Lorsque j’ai répondu par la négative, il s’est braqué et a commencé à rétorquer que jamais le tribunal ne me donnerait raison sans. J’ai tenté de lui faire remarquer qu’il n’était pas là pour donner son avis, juste attester de ce que j’ai réalisé, mais ça n’a pas eu l’air de trop lui plaire.

Là dessus, il a demandé à ce qu’on passe à l’examen gynécologique. Je lui ai calmement dit que je refusais. Sans hystérectomie, que voulait-il vérifier ? « Que vous ne mentez pas et que l’hystérectomie n’a pas été faite ». Et pourquoi donc je mentirais sur un point qui joue en ma défaveur ? Le ton est légèrement monté, l’avocate est intervenue, et il a conclu que dans ce cas, il ne rendrait pas son expertise, qu’il dirait qu’il n’a pas pu la faire dans les conditions imposées. L’avocate a négocié avec lui pour obtenir qu’il demande un report de l’expertise après mon hystérectomie, chose à laquelle je m’opposais, mais ni lui ni elle ne m’ont écouté.

La seconde convocation est arrivée bien longtemps après. Ce qui a conduit mon dossier à repasser au tribunal plusieurs fois entre temps, et à toujours être reporté à trois mois plus tard dans l’espoir que les expertises soient enfin réalisées. Cela peut paraître étrange, mais je n’avais pas peur de cette expertise psy. J’étais confiant, je pensais vraiment que j’arriverais à passer le truc haut la main. Malheureusement pour moi, je suis tombé sur un con. Le RDV a duré plus de deux heures. Deux heures durant lesquelles ce pseudo psy s’est borné à me questionner sur ma vie sexuelle et sur mon ex qui d’après lui m’a largué car je n’ai pas de pénis. En plus de ses questions, j’ai eu droit à son avis d’expert selon lequel je ne suis pas un homme et ne le serait pas tant que je n’aurais pas fait de phaloplastie.

J’ai tenté autant que j’ai pu de réorienté la conversation sur mon évolution, mon insertion sociale, l’acceptation de ma famille, mais rien de cela ne l’intéressait, tout ce qu’il voulait savoir, c’est comment je baisais ma copine. Lorsqu’il m’a enfin laissé partir, il m’a lâché devant sa porte : « Faites attention, vous m’avez l’air trop heureux et bien dans votre peau. Ce n’est pas possible quand on est transsexuel, cela doit cacher quelque chose. Vous devriez vraiment consulter ». Que pouvais-je répondre à ça sans l’insulter ? Rien. Je suis donc parti.

Dans ses conclusions, il parle de mon « incapacité à me projeter dans une relation de couple ». J’ai essayé de voir avec mon avocate quels étaient mes recours face à ce type. Ce n’est pas qu’il m’a touché ou blessé. Vraiment, honnêtement, toute sa merde m’est passé bien au dessus. Mais 1) ça me fait chier de voir un expert de merde tout puissant 2) je ne pouvais pas m’empêcher de penser qu’il pouvait un jour se trouver face à quelqu’un de moins solide que moi, et le démolir. Mon avocate m’a expliqué qu’il avait la confiance du tribunal, et que donc pour remettre en cause son travail, il faudrait que je prenne un autre expert, à mes frais, que celui çi me donne raison, et quand même là, ce serait expert contre expert, et que le tribunal risquerait fortement de faire confiance à son expert plutôt qu’au mien. Elle est belle la justice.

Cela nous mène donc en juillet 2009. Me voilà en vacances au bord de la piscine, et je me surprend à me demander ce que deviennent mais anciens compagnons de route. Je fini donc sur le blog de Carot, à lire ses mésaventures post-hystérectomie et ça a fait « tilt ». Ma dernière opération remonte à 2 ans plus tôt. Depuis ? Rien. Il serait p’tre temps que je me bouge histoire d’en finir. J’étais pas plus motivé que ça, mais bon, quitte à devoir y passer un jour, autant que ce soit fait… Surtout qu’à cette époque là, les maux de ventre étaient quasi quotidien. Il était rare que je passe une nuit sans être réveillé par la douleur et contraint de me gaver de nurofen pour retrouver le sommeil.

Après avoir consulté ma mutuelle qui m’a appris qu’ils prenaient en charge 100% des dépassements d’honoraires, j’ai repris contact avec le docteur G. par qui j’étais passé en septembre 2007 afin de me débarrasser de ma poitrine. Les formalités accomplies, j’ai été opéré le 15 décembre 2009. Et mis à part les douze heures qui ont suivi mon réveil où j’étais vraiment mal (nausée + vagin déchiré pendant l’opération), j’ai regretté de ne pas m’être bougé plus tôt.

Mon avocate a été ravie d’apprendre que cette opération avait été faite, et j’ai espéré que cela influence positivement le tribunal qui justement devait statuer sur mon dossier quelques jours plus tard. Malheureusement, il a ordonné un nouveau report en attente des résultats de l’expertise médicale. J’ai beaucoup hésité. Devais-je rester sur mes positions et à nouveau refuser de me déshabiller ? Devais-je jouer le jeu afin d’avoir ce que je voulais ? Tout mon entourage s’est efforcé de me convaincre que la seconde solution était la meilleure pour moi… et j’ai fini par les écouter. Lors de ce nouveau RDV, je n’étais pas accompagné. N’ayant pas eu la sensation que l’avocate m’ait aidé la première fois… Autant y aller seul. Au final, tout ce qui s’est passé était digne d’un sketch :

- Bonjour, on s’est déjà vu je crois, on va donc passer à l’examen physique tout de suite. Déshabillez-vous.
- Ok
- C’est quoi ces cicatrices sur votre torse ?
- Ben… la mastectomie !
- Ah vous avez été opéré ?
- Oui, je vous l’ai dis la fois précédente…
- Oh ! Mais ce que vous êtes poilu ! C’est naturel ?
- Ben… je vous l’ai dis la dernière fois aussi… traitement hormonal…
- Mais il y en a vraiment beaucoup ! Allez, enlevez votre caleçon maintenant !
- Ok… Il y a les cicatrices de l’hystérectomie là…
- Wow ! Mais on ne voit presque rien !
- Ben… coelioscopie…
- Oh ! On fait les hystérectomie comme ça maintenant ? Bon rhabillez-vous, au revoir.

Sans déconner, j’ai du rester à peine 2 minutes dans son bureau. Le temps de me déshabiller et me rhabiller. Le pire, c’est que je n’ai pas eu d’examen gynéco, ni rien. J’ai à peine baissé mon caleçon qu’il m’a demandé de le remettre. Dans ses conclusions, il parle de mon corps masculin, de mon importante pilosité, et de la « persistance d’un appareil génital féminin ».

Toutes les formalités étant maintenant accompli, il ne restait plus qu’à attendre la réponse du tribunal. L’avocate a préféré blinder le dossier une nouvelle fois, et m’a demandé d’apporter de nouveaux justificatifs. En effet, tous les documents fournis dataient de 2008. J’ai donc remis le paquet : bulletin de salaire, factures edf/france télécom, relevé d’identité bancaire. Le tout sous mon prénom masculin, et daté de 2010.

Lors de l’audience, elle a tenté de contrer l’expertise psy. Prétextant que je sortais tout juste d’une relation amoureuse, que cela était difficile, que je n’avais à ce moment là pas subit mon hystérectomie et que cela me perturbait (haha). Elle a mis en avant le fait que j’étais totalement inséré socialement, que je travaillais, payais mes impôts, et vivais en couple comme n’importe quel homme.

Le procureur a fait remarquer qu’effectivement l’expertise psy n’était pas bonne mais… que la dernière expertise allait dans mon sens, et que donc, il ne s’opposait pas à ma demande.

Comme quoi, des fois, les choses s’arrangent bien. Sans l’avocate pour demander au premier expert de me reconvoquer après l’hystérectomie, sans cette hystérectomie que j’ai repoussé… le rapport du psy serait arrivé en dernier et j’aurais eu droit à un « au vue de la dernière expertise, nous nous opposons à la demande ».

Lorsque l’on est sorti de la salle, l’avocate m’a lancé un « c’est dans la poche » ! Et ce malgré le mois a attendre avant la réponse du tribunal. Cette réponse est arrivée le 3 novembre, et l’avocate avait vu juste. C’est dans la poche.

Assez étonnamment, je n’ai pas vraiment sauté de joie à cette nouvelle. Je pensais que je serais vraiment heureux, mais j’ai réalisé que c’était un truc tellement acquis pour moi, que cela me touche à peine. Avant-hier, j’ai été cherché ma nouvelle carte bancaire, avec mon nouveau prénom. Et quand je l’ai eu, j’ai lu attentivement le nom, et je me suis surpris à me demander ce qu’il y avait avant, tant… c’est naturel. Qui sait, une montage d’émotion accompagnera peut-être la remise de ma carte d’identité.

Maintenant, je peux vraiment dire que le reste, ce n’est plus que de l’administratif. A 100% cette fois. Plus aucune autorisation à avoir d’une personne externe. Plus de psy, plus de juge. Les futures décisions de ma vie n’appartiennent plus qu’à moi seul.

J’aimerais dire que je reviendrais écrire ici. Enfin, mon coté nostalgie aimerait. J’ai pas mal de bons souvenirs de soirées passées à remplir ces quelques pages. Peut-être pour une anecdote marrante (ou pas) dans la montagne de paperasse qui m’attend. Peut-être pour vider ma colère si la poisse m’accompagne dans toutes ces démarches. Ou peut-être le jour où je tenterais de devenir père. Comme on dit, qui vivra verra.

  • Juin 2006 – Premier RDV psy ;
  • 28 novembre 2006 – Première injection de testostérone ;
  • 11 septembre 2007 – Mastectomie ;
  • Octobre 2008 – Demande de changement d’état civil ;
  • 15 décembre 2009 – Hystérectomie ;
  • 3 novembre 2010 – Changement d’état civil accepté.

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