Wow y’a pas à dire, mes messages ici s’espacent de plus en plus. 8 mois depuis le dernier. Faut dire que s’il n’y avait pas les emails me signalant tous les commentaires spams en attentent de modération que je recois quasi quotidiennement, j’en arriverais presque à oublier l’existance de ce blog. Ce qui est c’est plutot positif. Ecrire est un exhutoir, et mes envies d’écrire ne frappent à la porte que lorsque je vais mal.
Mais bon, puisque ca fait maintenant deux fois qu’on me demande des nouvelles, et que j’avais déjà promis d’en donner la dernière fois, autant le faire tout de suite, parce que sinon, c’est une nouvelle promesse non tenue qui va arriver.
Quoi de neuf ? Vague question quand on a 8 mois de retard.
Je suis à Paris, mais je l’avais sans doute déjà dit. Toujours dans la boite où j’ai signé après l’obtention de mon diplome, et tout se passe bien. Bonne ambiance, des gens sympas, pleins de geek, un boulot qui roxx, un salaire qui roxx aussi. De ce coté, y’a pas eu un seul nuage depuis un looong moment.
Là où ca a été la galère, c’est pour trouver un toit. J’ai débarqué sur Paris, sac à dos sur le dos, en octobre 2008. La veille de débuter mon nouveau job. A l’époque, je devais occuper le canapé d’un couple d’ami le temps de trouver un appart’. Eux me disaient de rester plusieurs mois si je le souhaitais, histoire de mettre un peu d’argent de coté, et moi je pensais en avoir pour une paire de semaine. 3 ou 4 tout au plus.
La réalité était loin de là. Déjà, mes premières démarches m’ont rapidement remis à ma place : malgré mon CDI, il fallait que j’attende la fin de ma période d’essai. Donc 3 mois. Je dois avouer que j’ai pas insisté plus que ca. Mes collocs eux même m’ont poussés dans le sens de prendre mon temps, et ma déprime post-rupture faisait que j’étais pas vraiment au top de ma forme. J’ai donc laissé coulé jusqu’en janvier. Alternant entre l’appart du couple d’ami, et celui de ma tante (bien plus près de mon boulot, mais où on était bien plus à l’étroit).
En janvier, ca a été la grosse grosse claque. Premières visites, premiers appart’ pourris, et surtout premiers proprio qui voyaient d’un très mauvais oeil ma situation. Débarquer mal rasé à un RDV pour sortir une carte d’identité avec un état civil féminin, ca passe mal. J’ai enchainé cons sur cons. Entre ceux qui me regardaient comme si j’étais une bête de foire, les « ah non c’est trop compliqué, ca va pas être possible », et ceux plus laches qui trouvaient des excuses vaseuses. Au final, malgré un salaire dépassant les trois fois le loyer, un CDI, et mes parents qui se portaient caution, il a fallu que j’attende le mois de mai pour enfin signer un bail. En dehors du dégout de croiser autant de gens cons, et de la déception parce que j’étais bien content de jusque là pouvoir me vanter de ne jamais avoir été discriminé, ca a été une période assez lourde. Squatter un canapé pendant six mois, ne pas avoir de chez soi, d’intimiter, et sentir qu’on dérange toujours quelqu’un ou qu’on soit… Ca a vraiment été un énorme soulagement et relachement de pression le jour où j’ai enfin pu emmenager. En plus, je suis super bien tombé au final. J’me retrouve dans un studio qui a plus des allures de F1 que de studio, dans Paris même, et surtout, luxe du luxe à Paris, à 5 minutes à pied du bureau ! Bon, faut pas rêver, il a un tas de défaut, l’agence qui le gère s’en tamponne comme pas possible, mais osef, il roxx. Et surtout, j’ai enfin retrouvé mon intimité et suis débarassé de ce sentiment de gêner en permanence qui commencait à me bouffer la vie.
Le reste, a vrai dire ca n’a pas beaucoup bougé. Déjà la recherche d’appart puis le démenagement ont occupé une très grande partie de mon temps, mais surtout… je sais pas… c’est comme si j’oubliais ce qu’il me reste à faire dans cette transition. Ce qui devait être fait a été fait. Le reste, c’est des démarches dont je me fous totalement. Du coup, ca traine. D’ailleurs, ca me fait réaliser que j’ai pas causé de l’avancement (ou plutot du non avancement) de mon changement d’état civil ici.
Pour résumer ce que j’ai déjà du raconter dans le passé, j’ai contacté une avocate de Nimes début 2008. Mon hystérectomie était alors planifiée pour le mois de mars, nous avions donc mis en attente la composition du dossier le temps d’en finir avec le coté médical. Puis finalement, l’hystérectomie est tombée à l’eau. Malade le jour de l’opé, mais ca m’arrangeait bien, j’avais besoin d’un petit break. Un mois de repos m’a fait le plus grand bien à l’époque. (Bien que maintenant j’ai du mal à redemarrer). Du coup, on a monté le dossier sans tout ca. Témoignages, justificatifs en tout genre, ma demande a été déposée fin septembre (ou p’tre août, ma mémoire me joue des tours). J’ai été convoqué au tribunal de Nimes le 7 janvier. Prise de congé, traversage de France, pour un truc qui a duré montre en main moins de 10 minutes. Le temps pour le procureur de requerir des expertises pour vérifier que je sois bien de « sexe masculin » et pour mon avocate de présenter le truc, les étapes de ma transition, et surtout demander à ce que je ne fasse pas ces putains d’expertises vu que bordel de merde, y’a déjà eu un bon paquet de docteurs pour vérifier et revérifier avant.
Verdict le 4 mars : je dois faire deux expertises, l’une médicale, l’autre psychologique. Le jugement est lui reporté au mois de septembre. G.E.N.I.A.L.
J’ai ensuite été convoqué par le premier docteur, pour l’expertise « médicale » le 11 mai. J’avais demandé à mon avocate de m’assister, elle a demandé à une de ses collègues plus spécialisé dans le médical de m’accompagner. Dès le départ, l’avocate m’avait prévenu que je n’avais pas eu de chance, que le type était connu pour être assez irrespectueux au cours des expertises (pour des accidents, rien à voir avec mon cas, mais quand même). Le ton a été donné, « Bonjour Monsieur, oups Mademoiselle ». Et ca a été comme ca du début à la fin. Même son assistante semblait génée qu’il se « corrige » sans arrêt. J’ai rien dis, acquisé de la tête quand on me le demandait, me suis présenté, ai raconté mon parcours médical… Le tout avec quelques reflexions du docteur sur le fait que je n’ai pas d’hystérectomie ou que je n’envisage pas de phalloplastie. Je lui ai poliment répondu que ca ne le regardait pas. Qu’il vérifie ce qui a été fait. Puis il a été question d’examen physique. Il voulait attester de mes opérations. Soit. Sauf qu’il a voulu commencer par un examen gynécologique. « Hum, mais j’ai pas été opérer ». « Oui je sais, mais je dois vérifier que vous n’avez vraiment pas subit d’hystérectomie ». Mais c’est quoi cette blague ? Quel serait mon interet de cacher que j’ai eu une hystérectomie ? L’échange a finalement tourné court. J’ai maintenu mon « NON » malgré l’insistance du toubib et de l’avocate. Expliquant que je refusais qu’on vérifie quelque chose qui n’a pas eu lieux.
Au final, le rapport conclu par un « refus d’examen ». Mais il m’a parait-il fait une fleur en ajoutant qu’il demandait à ce qu’on refasse l’expertise (en entier cette fois) le jour où j’aurais fait mon hystérectomie. Il m’accorde une seconde chance, et « me conseille de la saisir ». Sauf que non, hystérectomie ou pas, non. Et puis surtout, si elle est faite, c’est quoi ce délire ? Si j’ai le compte rendu opératoire du chir, ils veulent vérifier quoi ? Que le chir n’a pas menti ? Mais on vit où ? Si ils ne croient pas les docteurs, à quoi bon m’être fait chier à voir un psy ? A devoir fournir tous les justificatifs médicals de mes opérations ?
L’avocate m’a sermoné après l’expertise. Elle pense que sans un avis positif de l’expert, jamais le tribunal ne m’accordera le changement d’état civil. D’après elle, « on ne peut pas toujours se permettre d’avoir des principes ». Genre je dois me foutre à poil et ne rien dire ? Je suis désolé, mais si. J’ai un boulot, un toit, je peux me payer le luxe d’avoir des principes. Si moi je ne le fais pas alors que j’en ai la possibilité, qui le fera ?
Le pire dans tout ca, c’est que je m’en fous un peu. Ils peuvent rejeter ma demande en septembre… Ca ne changera pas grand chose à ma vie. Je vis depuis quelques temps maintenant dans ce bordel administratif, je m’en sors plutot bien. C’est sur que si on me filait ce putain d’état civil, je ne cracherais pas dessus. Mais si il faut retenter ailleurs… Ce ne sera pas la fin du monde non plus. Soyons concret, dans le meilleur des cas, ma demande est acceptée sans hysterectomie et sans expertise. Dans le pire, ma situation ne bouge pas… J’ai rien à perdre, tout à gagner.
Pour le reste ? Metro boulot dodo. La routine a son charme. Après des années @larache, je l’apprécie, la savoure. Je vais de temps en temps voir mes parents, le temps d’un week-end, rarement plus. Même s’ils me manquent, il y a toujours un tas de choses à faire dès qu’un peu de temps libre se libère, alors on essaye de partager. La copine, les projets, les amis, la famille. Les journées ne font que 24h. La relation avec eux évolue lentement. Faut dire qu’on a un lourd passif. C’est un peu les montagnes russes avec mon père, un moment ca va, un autre moins. Mais il fait des efforts, et dans l’ensemble ca progresse dans le bon sens. Il y a même eu un pas énorme récement. Suite à l’expertise médicale raté, il a proposé d’écrire un témoignage pour appuyer ma demande. Je ne suis pas sur que ca puisse réellement changer les choses, mais symboliquement, c’est plus qu’énorme. Mon père tellement reticent à tout ca, qui tente de m’aider, c’est juste… inimaginable. Je crois qu’avec le temps, même si ils ont toujours du mal a accepter la perte de leur fille, ils se rendent compte que j’m'en sors pas trop mal. J’ai décroché mon diplome, ai trouvé du boulot super rapidement. Je crois qu’ils flippaient vraiment, que ca soit un frein pour moi, que même si j’avais réussi à gérer les études, ca bloque le coté professionnel, que personne ne veuille m’embaucher. Et c’est finalement passé comme une lettre à la poste. Ils ont été pas mal désespéré quand j’ai galéré pour trouver un appart, de voir que nos trois salaires ne suffisaient pas pour combler un prénom qui cloque. Ils m’avaient même proposé de louer un appart à leur nom pour tenter de contourner le problème.
Le seul truc qui coince encore, c’est la facon de m’appeler. Ils ne prononcent plus mon prénom, toujours un diminutif, mais pour l’instant impossible d’en demordre. Au delà même le fait qu’il est dur de changer les habitudes, ils n’en ont pour l’instant même pas l’envie. Alors je laisse couler, je me dis qu’un jour ca viendra… C’est pas le peu que je les vois qui rend la situation vraiment génante. C’est vrai que c’est toujours étrange sur le coup, mais dans les deux sens je crois. Moi j’ai du mal à réagir aux pronoms féminins tant ils ne font plus partis de mon quotidien, eux ont du mal à me regarder, voir les changements sans doute. Je sais pas trop, je doute qu’ils oublient, et je doute avoir changé d’un mois sur l’autre. P’tre que la distance éloigne la réalité, qu’ils se la reprennent en pleine tête à chaque fois. J’ai vraiment envie que les choses viennent d’eux, ne pas les imposer, leur laisser le temps. D’ailleurs, de temps en temps, ca leur échappe.
Ma soeur ne me parle quasi plus qu’au masculin depuis un moment déjà. Le prénom coince toujours, mais tout les accords et pronoms y sont passés. Elle me présente à ses amis comme son frère.
Ma mère, c’est encore plus mitigé, elle commence à faire des accords au masculin. Petit à petit, un par ci, un par là. Je ne suis pas sur qu’elle se rende toujours compte. Je crois que ca devient vraiment dur pour elle de lutter quand elle m’a en face. Je me souviens d’ailleurs la premiere fois où ca lui a échappé. Elle s’est corrigé immediatement, repassant sa phrase au féminin. Et j’ai vu la panique dans ses yeux, la peur de perdre, de lacher cette fille à laquelle elle s’accroche aussi fort qu’elle peut.
Mon père… pareil, je sais pas si il se rend compte, mais il tronque de plus en plus les pronoms et les accords quand il parle de moi. Y’a plus de elle, mais il n’y a pas de vide. Il n’y a plus de sujet dans les phrases, plus d’accord des adjectifs, on passe au neutre.
Le reste de la famille… Ca dépend. Ma tante alterne, selon si elle fait attention ou pas. Ma grand-mère me donne des « ma chérie » qui sonnent d’un ridicule effrayant… Tiens d’ailleurs, j’ai vécu chez une tante un moment. Pas une « vraie » tante, l’ex de mon oncle, qui a été ma tante par alliance durant toute mon enfance, et qui reste donc ma tante maintenant. Elle était une des dernières personnes a ne pas savoir. Vivant sur Paris, moi dans le sud, on n’avait quasi aucun contact depuis que j’étais parti de chez mes parents… Il s’est trouvé qu’au cours d’une visite à Paris de mes parents, ils l’ont vu et lui ont donc résumé la situation. Elle m’a ensuite appelé pour qu’on se voit. Ma mère lui avait fait peur, lui disant que j’avais trop changé. Je crois qu’elle s’attendait à ne plus me reconnaitre, voir débarquer un grand barbu inconnu devant sa porte. Elle a donc été rassuré de voir que si effectivement j’avais un peu changé, ce n’était pas choquant, j’étais juste une version de moi vieilli de 5 ans depuis la dernière fois. Et les choses se sont bien passés, puisque finalement j’ai même vécu chez elle un moment. Elle a rapidement prit le pas, corrigeant ses accords et m’appelant par mon nouveau prénom assez simplement. Ne pas m’avoir vu ni parlé pendant un long moment a du aider beaucoup les choses, moins d’attachement et d’habitude c’est sur.
Bref voilà, je pense avoir rattrapé le plus gros des news
J’aimerais pouvoir dire que j’ferai attention à tenir ce blog à jour en temps et en heure à l’avenir, mais je suis sur que je ne le ferai pas. Alors à dans 9 mois pour le résumé des 8 mois précédents